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	<title>le point imaginaire</title>
	<link>https://christinesimon.fr/</link>
	<description>po&#232;mes, bribes de romans, projets d'&#233;criture, citations d'auteurs, photos, art contemporain</description>
	<language>fr</language>
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<item xml:lang="fr">
		<title>Ecrire, dit-elle I</title>
		<link>http://christinesimon.fr/spip.php?article21</link>
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		<dc:date>2012-01-14T23:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>christine simon</dc:creator>


		<dc:subject>anchorage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;cet &#233;tat li&#233; &#224; l'&#233;motion quand &#233;cris&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://christinesimon.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;de l'&#233;criture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://christinesimon.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;anchorage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me bats avec l'&#233;criture, je devrais dire avec mon &#233;criture, depuis des ann&#233;es. Je ne parviens pas &#224; renoncer &#224; une pratique que j'appellerais &#171; l'&#233;criture en &#233;tat de transe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y retrouve cet &#233;tat dans lequel je me sens quand j'&#233;crivais ou quand je chante une chanson, l'impression de me lier &#224; l'&#233;motion en son saint des saints, le c&#339;ur de fusion, et surtout une certaine conviction que ce serait l&#224; plus juste, plus fort, plus authentique, plus exact que dans n'importe quelle autre description du r&#233;el. Le vibrato de la voix menant au tressaillement de la salle, cette sensation que certains amis m'ont dit avoir ressentie en m'entendant chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, &#233;tant pass&#233;e de la cr&#233;ation de quatre minutes de chanson &#224; l'&#233;criture de milliers de pages de projets de livres jamais envoy&#233;s aux &#233;diteurs, j'ai surtout poursuivi sur le m&#234;me &#233;lan, comme si &#233;crire un texte n'&#233;tait que la partie augment&#233;e de l'art de la chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le texte devait s'accompagner de son vibrato, penser les mots et la musique et ce quelque chose en plus qui serait le tremblement du texte et que j'appelle le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sorte de tentative de r&#233;surrection du sentiment d'enfance, une fid&#233;lit&#233; &#224; cette premi&#232;re fois qu'on a senti ou qu'on a pens&#233; quelque chose, comme un d&#251; &#224; ces instants-l&#224;. J'aimerais me dire qu'il s'agit de la sauvegarde de cette partie de soi, qu'on appelle l'&#226;me, si souvent massacr&#233;e par les adultes. Mais j'en suis de moins en moins s&#251;re. En tous cas, dans mon esprit, c'est un texte en 3D, qui permettrait de penser la profondeur, la hauteur, le sixi&#232;me sens au-del&#224; du sens des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie d'&#233;crire comme on fait tourner les tables, et c'est pourquoi je me fourvoie. Quand j'&#233;cris dans ce tremblement de moi, je crois faire saillir le r&#233;el, le faire vibrer, plut&#244;t que l'&#233;voquer, le r&#233;hydrater comme l'eau fait ressurgir la mat&#233;rialit&#233; d'un aliment lyophilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le crois, mais vu que personne de mes lecteurs ne le ressent, ou plut&#244;t que cela ne leur semble pas &#171; sp&#233;cial &#187;, je pense y renoncer. Je pense m&#234;me aujourd'hui qu'il s'agit l&#224; d'une certaine jouissance, &#224; laquelle j'ai du mal &#224; &#233;chapper, d'un manque de maturit&#233;, un reliquat d'enfance, un peu comme un r&#233;flexe de succion du b&#233;b&#233;, qui n'aurait pas totalement renonc&#233; &#224; l'allaitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce blog dans lequel j'&#233;cris depuis 2006 est sans doute le lieu o&#249; je peux le mieux le dire, car l&#224; se murit mon d&#233;sir d'&#233;crire, o&#249; peuvent s'&#233;changer des r&#233;flexions autour de ce qu'est l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit est un exemple de ce tremblement. Je le soumets &#224; la sagacit&#233; de ceux qui voudront bien descendre dans ma TL, au risque de s'y ennuyer, de la trouver conventionnelle ou b&#234;tement sentimentale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la r&#233;miniscence, la chercher dans le lacis des circuits neuronaux non pratiqu&#233;s depuis de longues ann&#233;es &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re fois que je me raconte la sc&#232;ne. Dans la cuisine, les femmes parlent, elles se disputent, une affaire de cadeau, je crois. Maman a offert un presse-pur&#233;e &#233;lectrique &#224; Grand-M&#232;re et Grand-M&#232;re ne s'en sert pas. Elle pr&#233;f&#232;re son moulin &#224; l&#233;gumes manuel et &#231;a &#233;nerve maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; d'elles, je r&#234;ve, pli&#233;e en deux, le coude sur la table, la t&#234;te &#224; m&#234;me la nappe, occup&#233;e &#224; tracer du doigt les motifs du tissu. En bruit de fond, les minuscules paroles acides ; il y a de l'acrimonie entre elles, sans importance, je ne les &#233;coute que d'une oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le son aigu, le son qui fuse, qui d&#233;chire l'air d'une z&#233;brure aigre de violon, et interrompt le brouhaha des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, quelqu'un crie, quelque chose comme &#171; oh, mon Dieu, oh, mon Dieu &#187;. Qui a cri&#233; ? Une voisine, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce plus tard que le cri est pouss&#233;. Peut-&#234;tre y a-t-il eu deux fois les cris. Cela se m&#233;lange dans mon souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes se pr&#233;cipitent &#224; l'ext&#233;rieur, en troupeau, &#231;a grince, les pieds de chaises d&#233;rapent sur le parquet, les chaussures frappent sur le plancher, tout le monde sort en catastrophe. Comme si elles avaient besoin de voir, elles veulent voir la r&#233;alit&#233;, celle que r&#233;v&#232;lent le crissement strident et le son mat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je ne sors pas. Toutes affaires cessantes, je dois ne rien faire, ne pas bouger. Je sais qu'un drame s'est produit. Un contexte de drame, puis un &#233;v&#233;nement. Il est advenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout de suite, je sais qu'il m'est arriv&#233;, il est pour moi, je ne sais pas quoi, mais pour moi, ce bruit sourd de choc je l'ai mis en r&#233;serve quelque part, je l'ai engrang&#233;. Je suppose un r&#233;sultat de drame, et je ne veux pas le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que je sais ? Rien. Je devine, je peux tout imaginer de loin sans m'approcher. Je suis au-dessus de tout &#231;a, n'est-ce pas, moi qui d&#233;cide ce que je dois voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une ombre menace dans ma t&#234;te, quelque chose de tragique, tout peut &#234;tre arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je recule lentement, je me niche derri&#232;re la porte, tout pr&#232;s du poste de TSF de Grand-M&#232;re, le poste o&#249; elle &#233;coute la radio de Suisse, le dimanche soir, les ch&#339;urs de Radio-Sottens, les vieilles voix sur des mandolines douces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mets &#224; attendre, derri&#232;re la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'entends le hurlement inhumain d'une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nooooonnnnnnn.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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