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	<title>le point imaginaire</title>
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	<description>po&#232;mes, bribes de romans, projets d'&#233;criture, citations d'auteurs, photos, art contemporain</description>
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		<title>&#233;tat de si&#232;ge</title>
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		<dc:creator>christine simon</dc:creator>


		<dc:subject>attentat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#231;a commence avec des bruits saccad&#233;s&lt;/p&gt;

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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://christinesimon.fr/IMG/jpg/souche.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://christinesimon.fr/IMG/jpg/souche.jpg?1762777885' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces jours pass&#233;s &#224; Saint-Denis qui me reviennent &#224; date-anniversaire. Souvenir d'une d&#233;cision de quitter Paris et sa banlieue.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence avec des bruits saccad&#233;s, des cr&#233;pitements, un bruit en rafale, puis une d&#233;tonation, peut-&#234;tre deux, et encore et encore la litanie des tirs, on dit &#171; nourris &#187;, mais ils ne nourrissent rien, ils d&#233;chirent le silence, &#231;a n'en finit plus, tu as d&#233;j&#224; entendu des tirs isol&#233;s dans la rue, la nuit, et m&#234;me ici, dans cette chambre, mais cette fois, c'est une s&#233;rie de bangs, pas tr&#232;s &#233;loign&#233;s, fen&#234;tre ouverte, volets tir&#233;s, tu comprends que &#231;a vient du centre-ville, le mot &#171; mitraillette &#187; parvient &#224; ta conscience, et pour l'explosion, tu as bien une id&#233;e, mais tu la retiens, tu regardes le r&#233;veil, il est quatre heures, le bruit n'a pas l'air de vouloir s'arr&#234;ter, et parce qu'encore dans ton sommeil, parce que tu sais que le matin n'annoncera rien de bon, parce que tu es &#224; l'impuissance sa caution, son otage, tu te rendors, dans l'&#233;cho des sir&#232;nes des voitures de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers huit heures, le voisin vient sonner &#224; la porte, tu es au courant, non, il y a un assaut, Avenue de la R&#233;publique, ils en parlent sur BFM. Tu traverses le palier et tu te retrouves devant les images de son &#233;cran g&#233;ant Panasonic. C'est pas loin de la basilique que &#231;a se passe. C'est leur planque, tu te rends compte, si pr&#232;s de chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu descends dans la rue, en passant tu jettes un &#339;il &#224; la fresque d'un artiste grapheur du quartier, dans une boule de verre peinte sur le mur, le nom &#171; Slimane &#187;, et juste &#224; c&#244;t&#233;, un paysage de sable et une architecture de terre crue, c'est une pyramide &#233;troite surmont&#233;e d'une sorte de pointe sans doute m&#233;tallique, des murs d'argile et de paille &#233;maill&#233;s de tessons qui ressortent du mur lui donnant une allure de forteresse, et tout autour des murailles aux contours arrondis, et comme tous les matins, tu reconnais &#171; La Perle du D&#233;sert &#187;, Tombouctou et sa mosqu&#233;e de Djingareyber, &#224; gauche quelques mots &#233;crits en noir, &#171; slimane ki la yord soumaya &#187;, plus bas une calligraphie, juste &#224; c&#244;t&#233; deux dates tagu&#233;es en bleu p&#226;le, &#171; 3/10/1984, 26/05/2004 &#187;. Un jour tu demandes &#224; un jeune black du quartier ce que veulent dire ces deux phrases, c'est du malien et de l'arabe, &#231;a veut dire &#171; Repose en paix, Slimane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu veux rejoindre la boulangerie, mais au carrefour, on ne te laisse pas passer, une voiture de police barre la rue. C'est ta rue, &#224; quelques m&#232;tres de chez toi, et tu ne peux pas aller plus loin, comme si le sud de la ville t'&#233;tait interdit. Alors tu rebrousses chemin pour rentrer chez toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le d&#233;jeuner, tu &#233;coutes la radio, tu apprends que &#231;a se passe rue du Corbillon, tu te souviens que ta filleule y a habit&#233;. Heureusement elle en est partie. Elle disait que &#231;a dealait dans ce quartier. Quand tu en parles au voisin, il dit que &#231;a fait des ann&#233;es que les riverains demandent que la police fasse le m&#233;nage dans le squat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers quatorze heures, Salima arrive, on r&#233;vise la le&#231;on d'histoire sur la Gr&#232;ce, c'est &#224; son programme de sixi&#232;me. Tu parles de la cit&#233; d'Ath&#232;nes, de la pythie de Delphes, de l'Iliade d'Hom&#232;re, du si&#232;ge de Troie, d'H&#233;l&#232;ne dans la place et des soldats ach&#233;ens au pied des murailles. Vous &#234;tes parties loin, si loin d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, tu refais une tentative pour aller au centre-ville, cette fois, la rue est bloqu&#233;e pr&#232;s du th&#233;&#226;tre. Il y a du monde derri&#232;re les barri&#232;res. Tu discutes avec un gars qui est parti achet&#233; du pain et n'a pas pu repasser dans l'autre sens, &#224; un m&#232;tre pr&#232;s, il &#233;tait chez lui, &#231;a fait cinq heures qu'il attend, mais le policier de garde ne veut rien entendre. La presse est l&#224;, des t&#233;l&#233;s &#233;trang&#232;res, su&#233;doise et suisse, des journalistes cam&#233;ras au poing, une fille prend des notes dans un carnet orange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu rentres chez toi, tu lis quelques phrases de l'Iliade, tu tombes sur le combat d'Achille avec Hector. Puis tu branches la t&#233;l&#233;, c'est &#224; ce moment-l&#224; que tu vois un gars noir habill&#233; de cuir noir sur l'&#233;cran, j'les ai log&#233;s, mais j'&#233;tais pas au courant, j'savais pas &#224; qui j'louais. A ce moment-l&#224;, tu apprends qu'il y a aussi une fille dans l'appartement. Et que quelqu'un s'est fait sauter avec sa ceinture d'explosifs. C'&#233;tait &#231;a la d&#233;flagration plus forte dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers cinq heures, tu ressors, cette fois, le barrage est lev&#233;, tu marches jusqu'&#224; la rue de la R&#233;publique, tu la parcours sur la moiti&#233; de sa longueur, tu passes devant chez Avenue Montaigne et devant le tabac, le Week-end, les rideaux sont baiss&#233;s, tu finis par te cogner &#224; une barri&#232;re, c'est &#224; un bloc de la rue du Corbillon, camion et voitures de police en travers de la voie pi&#233;tonne, tu d&#233;cides de rebrousser chemin et d'aller voir sur le boulevard si on peut acc&#233;der &#224; l'immeuble depuis l'autre bout de la rue. En remontant tu vois une cinquantaine de photographes, des cam&#233;ramans, des journalistes qui te croisent pour rejoindre la barri&#232;re, ils ont l'air content, ils croient qu'enfin ils vont voir. Tu sors ton iPhone et prends deux photos, eux en train de courir en d&#233;sordre, secouant leur mat&#233;riel dans la course, et eux de dos, agglutin&#233;s, en attente. Dans le cadre, tu aper&#231;ois la fille qui prend des notes dans son carnet orange. Elle leur tourne le dos et te fait face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu prends le boulevard et arrives au pied de la rue du Corbillon par l'autre c&#244;t&#233;, mais &#224; nouveau c'est bloqu&#233;, un type avec un &#233;norme t&#233;l&#233;objectif est juch&#233; sur un feu tricolore. A l'angle de la rue, un gros sens interdit, comme redondant, la plaque &#171; Rue du Corbillon &#187;, et la boutique aux volets roulants m&#233;talliques ferm&#233;s d'un assureur ; sur le bandeau rouge qui surmonte la fa&#231;ade, est &#233;crit en lettres blanches &#171; AII Saint-Denis &#187;, tu penses &#171; a&#239;e &#187;, un petit groupe d'habitants s'est rassembl&#233; devant la barri&#232;re, ils ont l'air triste, un gars noir porte un sac Adidas, un autre une veste de surv&#234;tement vert fonc&#233; aux trois bandes blanches, tu prends la photo et tu la postes sur Twitter avec un commentaire &#171; le corps, bilons, a&#239;e, tout est dit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu rentres &#224; la maison, t&#234;te baiss&#233;e, tu penses &#224; la rue du Corbillon, o&#249; tu &#233;tais professeur de lettres-histoire, dans un lyc&#233;e qui a disparu depuis longtemps, tu penses &#224; la petite cour ferm&#233;e d'un portail, &#231;a n'est pas tr&#232;s loin de la boutique de mariage, qui est au pied de l'immeuble o&#249; &#231;a a p&#233;t&#233;. Tu n'enseignais pas le programme de sixi&#232;me &#224; cette &#233;poque. Et H&#233;l&#232;ne n'&#233;tait pas encore enferm&#233;e dans la cit&#233; troyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu passes encore une heure devant ta t&#233;l&#233; &#224; ne rien regarder, puisqu'il ne se passe rien d'autre que ce que tu as entendu, les bruits d'assaut, que ce que tu as vu, des bagnoles de police, des journalistes en meute, une barri&#232;re, mais tout &#231;a fait quand-m&#234;me des kilom&#232;tres de commentaires sur BFMTV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu descends chercher ton courrier en fin de journ&#233;e, tu croises la m&#232;re du grapheur, elle a l'air furieux, non, mais, vous l'avez vu au journal, le Samir, je l'ai bien r'connu, c'est un assassin, c'est lui qui a tu&#233; Slimane d'un coup de couteau en 2004. Ils auraient d&#251; le garder en prison. Toujours l&#224; pour les sales coups, &#231;ui-l&#224;. L'image du logeur racontant son histoire &#224; la t&#233;l&#233; te revient en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu vas boire un caf&#233; chez le voisin, toujours branch&#233; sur le flux d'images, oui, je me souviens du petit Slimane, il habitait dans notre immeuble, l'autre, Samir, avait sonn&#233; &#224; la porte, pour une histoire de scooter, je crois, le gar&#231;on est descendu et s'est fait poignarder par Samir. Il s'est retrouv&#233; sur la chauss&#233;e en face du Coll&#232;ge, c'est les petits sixi&#232;mes qui l'ont trouv&#233;, agonisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, &#224; la t&#233;l&#233;, tu r&#233;entends tous les bruits exactement comme au matin, mais film&#233;s depuis une chambre dans la rue voisine, les tirs de mitraillettes, la d&#233;flagration, &#224; nouveau les tirs, il fait nuit, mais tu vois ce qu'ont vu les voisins, les lumi&#232;res jaunes des lampadaires et les flashs bleus des fusils qui tirent, et &#231;a te remet dans ton lit de l'aube, mais cette fois avec l'image, tu comprends le si&#232;ge d'un immeuble, tu vois les guerriers devant les murs, casqu&#233;s, portant boucliers, les cloisons effondr&#233;es, tu vois les murs cribl&#233;s de trous, on dit qu'on a tir&#233; des milliers de munitions pour forcer l'ouverture de l'appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu te dis que c'&#233;tait l'Iliade &#224; Saint-Denis aujourd'hui, que l'H&#233;l&#232;ne assi&#233;g&#233;e est morte sous les balles des Ach&#233;ens, et tu te demandes ce qu'on aurait pu faire pour &#233;viter que les dieux ne soient en col&#232;re et qu'ils manigancent toute cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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