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la grande Négation (v2)

On ne l’avais pas vu arriver. Le signe avant-coureur avait existé, mais sous des jours prometteurs. Comment aurait-on deviné que sous ce feu d’artifice se préparait la Grande Négation.

On aurait dû le savoir, l’échappée du chien n’annonçait rien de, puis ce fut cet homme saoul qui brandit son couteau, le front d’une femme pour en recevoir le don de sang, mais on pouvait encore croire au « pas de chance », pas son œil visé au clair de lune.

Au loin n’apparaissait qu’une nuée gris anthracite, des lettres debout sur ces chars à voile, des centaines qui montaient le long de la plage, pas d’obscurs crabes qui auraient dévoré le sable de leurs pinces en mouvement, mais s’approchaient des Buchstabe de plomb et le roulis des chars, on allait envahir mais sans donner le nom.

Dans le ciel, un ami cassa contre un autre ami, son anti-ami, disait-on ici, ils avaient accompli leur trajectoire, disait-on ici, et on devait s’y résigner, comme ça que s’achève le voisinage, disait-on ici, on n’avait pas encore le mot pour écrire, était-ce fratricide ou ennemis en Dieu.

Dans les massifs hercyniens de l’autre côté, on coulait des statues aux squelettes qu’on appelait femmes, on riait des boiteux qui claudiquaient dans la rue, on s’amusait des fous en brandissant des oriflammes, on jouissait des creusets de toutes sortes, mais sans le dire, enfoncés dans la grande forêt de sapins noirs, on posait des croix sur les troncs, on aurait pu jurer qu’on en ignorait tout, mais on savait, on portait tous le secret.

Les orphelins allaient résilients, les mendiants allaient chantant, la femme blessée pansait sa cicatrice, tout aurait pu rentrer dans l’ordre, mais les Allah Akbar de part et d’autre fomentaient leurs complots.

L’ordre lui-même n’était plus d’actualité, dans ces couches superposées, sur ces immeubles des villes du monde, l’ordre n’était plus qu’ensemble confus, perspectives emmêlées, flèches disparues, l’ordre avait déserté. On l’a su trop tard, sans doute pour ça que.

Elle n’avait ni matière, ni couleur, la Grande Négation. Juste l’odeur, l’odeur du souffre, l’odeur d’haleine puante, l’odeur des vêtements de cent jours, l’odeur de l’angoisse, celle de l’agresseur, comme celle de l’agressé.

Quand on la cherchait dans le dictionnaire, sa définition était à la lettre manquante, la lettre de toutes les lettres, on chuchotait que celle-ci avait existé, certains avançaient pour preuve qu’elle avait un piétement à sa barre au sol qui descendait sous la ligne et faisait un crochet, c’était un avançon qui mordait les chairs de la gueule qui l’avait prise pour une promesse, l’hameçon, l’âme sans.

Ceux qui se réclamaient de Dieu, ceux qui se réclamaient du Maître, ceux qui se réclamaient du Feu prenaient en ligne de mire ceux qui croyaient à la belle boucle, aux ailes qui doublent les jours de grand vent, et les criblaient de R, de terribles terreurs, les r du roulement de tambour et de la main qui frappe, les R vengeurs et exterminateurs, les R qui faisaient dispar-Être.

Les pieds trébuchaient en file indienne, on aurait voulu se précipiter, mais plus on se sauvait, plus on savait qu’à cet espace du vide face à soi ne tenait que la Grande Négation, qu’elle promettait le rien dans tous ces manquements que les hommes infligent aux autres hommes, qu’elle plus grande que tout le doux du monde, ses bombes plus fortes que la caresse, ses tombes plus profondes que l’amour, elle, venant absenter l’espoir, le cœur, la vie.

Elle construisait de grands néons, la grande Négation, aux sillons de lumière blanche qui se voyaient depuis la lune, elle les établissait sur des milliers de kilomètres, n’importe quelle frontière faisait l’affaire, elle décrétait les nuits éternelles sur la terre.

Alors en contrebas, dans le canyon invisible, on s’organisait, des cascades surgissaient qui se voulaient les voix du monde, des pénitents murmuraient, des artistes criaient, la terre n’était plus qu’un grand mur, il fallait hurler pour qu’on le sache, à certaines heures, on aurait pu croire qu’ils se lamentaient, mais d’un dernier mot dont il s’agissait, le mot de résistance à la fin, le mot d’insistance, le mot des hommes qui marchent sur le sentier effiloché, même s’ils glissent sur les sédiments, le mot des hommes qui pensent qu’ils pourraient.

Mais plus ils descendaient plus leur voix s’enfonçaient dans les roches. On les vit très longtemps ces corps déraper, les bras et les jambes chercher un équilibre, on les vit très longtemps, très longtemps.

Jusqu’au fondu au blanc. Et toi qui te réveilles.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 15 octobre 2024 et dernière modification le vendredi 20 novembre 2015
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