Aux livres de jeux de lettres, mots fléchés, sudokus et autres, préférons les mots de la littérature, on ne crache pas sur le plaisir d’une bonne définition,- Perec quand il fait ses grilles de mots croisés-, même s’il est sans doute plus plaisant de les concevoir que de les remplir, mais le nom recherché ici est celui d’un jeu de dessin, exercice qui consiste à relier des chiffres entre eux dans l’ordre croissant numérique, et de faire retrouver une image (dans le tapis) dans un carré parsemé de chiffres dans le désordre, que seule la couleur du stylo fait naître par le relié, différente du noir de préférence, mais pas obligatoirement, exercice de niveau débutant, suivre les flèches, se laisser bercer par la nature prévisible, l’ordre intériorisé du comptage, et la reconnaissance confortable, par exemple, d’un animal ou d’un objet, comment dresser un enfant, ce qu’on veut lui inoculer, taper un coup sur le coussin, attendre que sagement il se mette en éveil, tiens, ce hochet ici, ne pas regarder pour ne pas l’alerter sur l’intention, avoir ainsi balisé son petit univers et le regarder progresser, il s’accroche bien à ce muret, trouve inévitablement le cadeau qu’on y a laissé, jusqu’à ce qu’éclate en tête l’effet qu’on a voulu puissant, conjugaison savante de la résistance générée et du dosage, pour qu’il ait en triomphe le sentiment du pouvoir d’enfin connaître le secret, être initié donnant le plein plaisir d’être à la fois accueilli dans le cercle et avoir de haute lutte gagné un savoir, mais que ce jeu précisément parce on l’a connu de jeunesse, structuré comme les portes sans cesse à ouvrir d’une prison, promettant toujours une libération qu’on fait reculer jusque à mettre l’autre en panique, chez moi ça fait naître d’emblée un malaise, méfiance, la petite musique reconnue, puis parce qu’on est bien obligé de s’y plier au moins un instant pour voir de quoi il retourne, on cherche les numéros, on relie les points, et on passe effectivement par les étapes prévues du dévoilement, mais comme ouatées, comme mises en abyme, le malaise ayant intégré dès l’abord la possibilité d’un conditionnel, la question épistémique, que vois-je, que veut-on me faire dessiner, construit un recul naturel, né d’un art de la dissociation mieux maîtrisé que dans l’enfance, mais dans mêmes circonstances devenu un réflexe, on identifie assez vite la danse macabre, dans la nuit, elle, une figure repérée de longue date, souvenir du Spreuerbrücke, ce pont de la Danse des morts à Bâle, la forme même de l’imaginaire ritualisé de ces familles communautaires d’Europe du Nord ou d’ailleurs, ce qu’engendre de plus créatif la normopathie ordinaire, quand elle tente de se débrider, ne sachant le faire que dans des figures connues, la Mort avec ses conventions, la Grande faucheuse en squelette et son petit frisson, comme on contiendrait la violence souterraine en enfonçant le mouchoir dans la gorge des mythes, mais on est impressionné par la tétralogie déployée, dans un extrême soin de la réalisation, le cadre gothique dans lequel s’inscrit le dessin, une pensée ornée de toute sa fioriture morale, une posture de Commandeur, la grande distribution des prix comme un rêve de Jean à l’aube du jugement dernier, avec ses anges, juste que ça ne fonctionne pas, qu’on ne met pas longtemps à sentir le cadre rigide d’un dessin contraint, avec ses petits numéros, risible, même si un peu déstabilisante cette science des méandres à main levée, mais in fine rendant étique la ligne qu’elle prétend démontrer, un ruban blanc, que ce jeu-là n’est qu’un protocole hystérique à prétention éducative, qu’il génère une atmosphère complotiste à visée panique, mais que business as usual pour un petit contour, -un petit tour de ?-, bien petit résultat pour tant de préparation », mais c’était quoi déjà, le nom du jeu ?
J’aime bien celui-là
« Paint by numbers Animation » par Juraj Simlovic — Own work, http://jsimlo.sk/griddlers/. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Messages
1. d’un jeu d’enfant dont on a oublié le nom, 9 décembre 2015, 09:22, par Dominique Hasselmann
C’étaient des petits labyrinthes chiffrés, on s’y déplaçait avec amusement (comme pour la figure dans le tapis), on n’avait pas l’impression d’être "dressés" et pour le nom inconnu du jeu : seul comptait le parcours à découvrir...
Voir en ligne : Métronomiques
2. d’un jeu d’enfant dont on a oublié le nom, 10 décembre 2015, 12:23, par Christine
De Saint-Denis, on voit des choses,
y a des auteurs qu’on aime, mais pas tout