Devais avoir neuf ans, ou quelque chose comme ça, cette langue de terre, ce ruban poli qui entre dans mon souvenir, depuis ces jours n’ai plus jamais aimé que les plages de sable fin et blanc, la quintessence de mer pour moi est le mot de ce bord.
Trois souvenirs, le sable qui glisse des sandales de plastique comme en son univers naturel, et qui revient et qui repart, que plus on marche, plus on l’aspire, et sous le pied on le ressent, masse qui loge son relief imparfait, on est toute dans le beach.
Mais le mot est galvaudé, il ravale aux Boys à la voix facile qui sirupe, même si on a appris depuis qu’il germait en l’un d’eux la vague comme métaphysique. L’époque était à la blondeur, pas ma langueur, alors on aimerait disposer d’un mot d’intimité, un mot du quant-à-soi pour le dire ce sentiment qu’on est placé là à l’exacte géographie des pays et dans la longe d’un lien qui ne s’effiloche pas.
J’allais en colo, comme ça qu’on disait, c’était les colos P.,, ajoutaient même un château, le souvenir que de toiles, des grandes où on dormait à dix, à quinze, mais spacieuses comme un luxe, le temps où pas de temps de vacances ensemble, pour eux la galère, on envoie les enfants, et pour moi la responsabilité, t’as un frère, et il se casse toujours quelque chose, alors à l’heure de la sieste au lieu d’être dans l’insouciance d’un sommeil, on est au chevet d’un hôpital, peut-être Les sables, n’aime pas cette odeur d’éther.
Comme s’il y rejouait notre cimetière intérieur, à qui veut-il faire peur, et moi d’y aller dans l’auto du mono, je le prends comme une sortie, mais en fait ça me sort des chansons, de la plonge et du plaisir des mots, les hirondelles, les colibris, les petits en volière, et puis de l’atelier de tressage, du rotin, mes formes un peu cabossées, mais la maîtrise d’une nouvelle technique comme d’ici l’apprentissage, trois images ça, la langue blanche, les toiles, et puis la vannerie. Juste là-bas à l’ouest.
crédit photo christine simon
