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la femme en noir

Une femme tout en noir vient pour s’assoir à côté de moi, elle ressemble aux amies d’une amie chez qui je suis invitée parfois, celles qui au bout d’un moment, une heure, parfois davantage, finissent par se dévoiler, je dirais quand elles se sentent en confiance, mais ici, nous sommes dans un train, ce n’est donc pas une personne, mais un symbole qui est apparu, et les regards glissés par les passagers tout autour en attestent la valeur médiatique, publique. J’éprouve quelques difficultés à résister à l’effet de contexte.

Son corps et sa tête sont enrobés d’un voile noir d’un seul tenant, tissu de belle qualité, qui laisse voir son visage, jeune, pur, elle vient s’asseoir au moment où je veux quitter ma place côté fenêtre pour aller au bar-restaurant et comme elle a la place couloir je me dépêche de me lever pour ne pas la déranger une fois assise, elle me demande si je n’oublie pas mon livre, a-t-elle pensé à un départ définitif de ma part, je dis que je vais revenir, que c’est ma place, je rejoins le restaurant, mais il est fermé, on est dimanche, et je reviens m’assoir en la dérangeant, elle, ses deux sacs de papier et son grand sac fourre-tout noir. Après coup, je me rends compte que je n’ai pas échangé de regard avec elle, et j’ai honte.

Je m’endors à moitié. L’agent de bord passe et contrôle les billets ; je remarque ses petits coups d’œil rapides sur elle, comme cherchant à l’évaluer, je la sens un peu tendue, mais sans plus.

Je lui jette alors moi aussi un regard sur le côté. Elle s’est plongée dans une sorte de prière, ses deux mains posées sur la tablette, tendues vers son portable, je ne vois pas bien l’image sur son Samsung, je ne fais d’ailleurs pas tout de suite le rapprochement, puis me dis que c’est peut-être La Mecque qui est en ligne. On a parfois de ces fantasmes.

Soudain, je vois apparaître la tête du type devant, qui, se soulevant pour attraper un bagage, l’a aperçue, il refait un tour sur lui-même comme pour vérifier, ses yeux en mode Navré semblant regarder sous une ligne imaginaire, mais c’est bien elle qu’il contemple.

Je me suis replongée dans ma lecture, quand je ressens une petite chaleur contre mon bras, sa peau à travers le voile, troublée, je me mets à l’observer, elle a posé son sac sur ses genoux, hermétiquement clos, mais sa main à l’intérieur, au bout d’un moment elle en sort une chips qu’elle introduit dans sa bouche en la prenant presque comme une ostie, sans la croquer, elle la laisse fondre dans la bouche, puis en sort une deuxième, et ainsi de suite pendant environ un quart d’heure, sans aucun bruit, j’associe la chaleur et ces mauvaises calories, me demande si les chips sont hallal, pense à une petite souris, qui après le grand esclandre de sa venue parmi les voyageurs fait profil bas. Ce repas pris en catimini semble dire quelque chose d’une grande inquiétude à sustenter et en même temps la rend terriblement de son âge, de son époque. Et je la laisse coller son bras au mien, je veux bien être sa mère, sa sœur dans cet étrange cérémonial.

Ça y est, c’est fait, on s’est accoutumées, et au moment où elle ne m’est plus qu’un passager comme les autres avec sa différence ordinaire, elle se lève, elle est arrivée, et tenant sa grande poche de papier de biais, elle en fait voir la marque, en révélation de ce qu’elle est venue faire là ; enfin j’y vois comme une signature coquine, sa première légèreté, un clin d’œil en lettres dorées, et sans la regarder, je sors mon portable et fais ostensiblement une photo du cadeau, qu’elle a remonté plus haut pour que je puisse mieux cadrer.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 26 septembre 2016 et dernière modification le lundi 26 septembre 2016
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