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Ici était jadis une rue de la ville, une rue principale même, « qui traversait la ville fortifiée de la porte nord à la porte sud, nommée autrefois « Carriero drecho », soit « rue droite ».

Ailleurs, on se serait contenté de faire une plaque « Carriero drecho » et on se serait souvenu. Ou on aurait fait un pied-de-nez à l’histoire comme dans cette « Rue du sauvage » en place de la « rue Hitler » rebaptisée après la guerre dans cette petite ville d’Alsace.

Mais « rue de la ville », dans une rue de la ville, car elle l’est toujours, ça a l’air d’un coup du « ici, on vend des oranges pas chères », pas la peine de l’écrire, puisque c’est une rue et qu’elle est dans la ville et qu’on s’y trouve à prendre la photo. Quant à cette « rue droite » pour décrire une rue droite, c’est un problème de nomination qu’a cette ville et qui ne semble pas dater d’hier.

Nous sommes à Ispagnac, troisième ville du Gévaudan (mais il n’y a plus de bête, n’est-ce pas, en tout cas pas là, juste quatre-vingt feux, foyers si vous voulez, mais quand, au Moyen-âge, mais quand au Moyen-âge, on ne le saura pas. Y aurait-il eu une telle stabilité des habitants de cette ville, qu’un Moyen-âge entier, soit dix siècles, n’aurait connu que les mêmes, maisons, cheminées, animaux pour chauffage naturel, et familles au sens des familles de l’époque, élargies, quatre-vingt feux, comme une marque de fierté, qu’on affiche, ici vivent les quatre-vingt feux, un comptage, point besoin d’INSEE, point de recensement, on avait dû le faire une fois pour toutes, au Vème siècle sans doute.

Je n’ai rien contre Ispagnac, c’est un très joli bourg, on y trouve des échoppes d’artisans et, à y déambuler, on se sent dans ce sud que j’aime, climat de moyenne montagne, entre chaud et froid.

Mais tout de même, « Rue de la ville », et pourquoi pas « Ruelle du quartier », « Esplanade de la place », « Mur de la maison ». Et s’il n’y avait eu ce jaune et cette branche d’une plante que je n’ai su identifier, la rue se serait sans doute sentie bien seule dans cet anonymat consacré.

Et puis bien sûr j’ai pensé à la classification, il y aurait dans une obscure salle des archives des panonceaux prêts à l’emploi « Rue de la ville » et puis les plaques « Lieu d’un lieu-dit » et puis celles « Ici vécut un personnage », « Ici eut lieu un événement » et on aurait ainsi rubriqué toute la cité médiévale, en prévision de ce qu’un jour quelque chose enfin se passe.

Me suis mise à rêver d’un espace urbain, où il n’y aurait plus eu que ça, les noms des mots ou de la fonction pour désigner.

Enfin, l’imprimeur et l’agent communal pouvaient se réjouir, plus d’erreur de couleur, la rue est jaune comme toutes les rues, et puis après on vérifie, droite, courbe, en pente, en haut, en bas, par la seule magie des pieds on savait où poser les panonceaux. Quoique, fallait quand-même savoir lire.

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