< écriture au fil des jours < fictions rapides

Les derniers textes…

la vieille du boulevard saint-germain

4 août 2019
vous ne pouvez pas la rater

no surfing today

17 août 2018
verne approche

hypothèses hallucinatoires

4 août 2018
on pourrait croire à

un vrai conte de noël

25 décembre 2017
d’après un fait réel

l’homme qui murmurait des choses qu’on ne comprenait pas

14 novembre 2017
il avançait en trébuchant
|

l’allure d’un dôme éternel

Il pleut, une jeune fille flotte sur le trottoir, prononçant à voix haute des mots sibyllins, « Ta poitrine, oh mon frère », un fil blanc reliant sa poche à son oreille, elle me croise en souriant. Juste une ombre sur la fa çade.

Je rentre à la maison, quand une tempête silencieuse semble s’abattre sur le quartier. Je rejoins ma chambre et m’allonge sur le lit, protégée. Rien, pas de bruit.
Le temps passe, le silence se fait lourd, et je me lève.

Quand j’ouvre la porte, un adolescent s’approche et me dit trois mots, me montrant l’état de la maison.

Sur le plafond, des sortes de taches d’encre, des jets au hasard harmonieux, des pistils bleu foncé de fleurs aux pétales plus clairs, une encre tombée du ciel qui a trouvé des canaux minuscules pour traverser le toit jusqu’au plafond et ce résultat, un ciel d’étoiles peintes au sulfate de cuivre, jaillissant sur le fond blanc lumineux, un blanc de Crète, pas d’arêtes, les angles sont arrondis, l’allure d’un dôme éternel.

Mais bien vite, baissant les yeux, je m’étonne des dégâts, l’eau a pénétré partout, les pièces sont encore humides d’une inondation, les murs n’ont-ils été blanchis que sous l’effet d’un courant puissant, un ravage surmonté de son viatique, dans les flaques des débris, fatras et désolation. Sortant des murs des créatures étranges s’agitent, et immédiate une pensée me vient, ce sont des prédateurs chassés par leurs prédateurs, dans la cornue le poison et son contre-poison dans un continuum, comme ces vipères heurtantes poursuivies par des mangoustes, que j’aperçois se combattant sur le mur, et qui disparaissent un peu plus loin comme si elles n’avaient été qu’une image projetée puis éteinte.

Tout à coup l’une d’elles apparaît suivie de sa prédatrice et se rapproche à quelques mètres de moi et quand la mangouste s’apprête à la dévorer elle se replie, puis se gonfle, et comme un ressort saute vers moi, une piqûre, je crie, en regardant sa langue noire et fourchue dans mon bras, et davantage encore, presque sa tête entière incrustée sous ma peau, j’ai peur, alors je pince à sang ma chair pour faire sortir les pointes, la carapace d’écailles et le venin, tout s’en va en flux sombre et visqueux, et quand le flux redevient clair, je retourne dans ma chambre me reposer.

Plus tard quand je ressors, tout a changé, comme si on avait trop vite reconstruit après la destruction, des réparateurs qui aurait en catimini caché l’ampleur des dommages, transformé les volumes, refait le plan, bricolé les pièces, salle de bain, cuisine, blocs de ciments apparents, plus de living, juste un labyrinthe, et les réparateurs aurait caché les débris dans une sorte de cloaque, engloutis dans l’eau croupie des morceaux de plâtre, des embryons de meubles, le tout enfermé dans un cagibi situé au milieu de la maison et clos par une porte, des objets précieux plus aucun signe, je cherche sans le trouver mon appareil photo et ma machine à coudre, ne les retrouve pas.

Je rejoins la porte d’entrée et parle aux voisins, l’histoire d’une compagnie d’assurance pressée de réhabiliter se précise, et pour expliquer le cataclysme paradoxal quelqu’un parle d’un phénomène peu repéré, différent des dix plaies d’Egypte, un mot que je n’ai pas retenu, une sorte de fin du monde inversée, mais qui laisse des traces. Les voisins, optimistes, ont des mots rassurants.

A nouveau, je retourne me coucher, et j’espère.

Quand je me relève beaucoup plus tard, lumière feutrée dans la pièce, j’ouvre la porte de ma chambre, de l’autre côté, tout s’est apaisé, un rayon de soleil trace un chemin doré, l’appartement est revenu à son état d’ordinaire bienfaisant, je le parcours, reconnaissant les objets, les tableaux, les livres, et dans la cuisine, je retrouve mes habitudes, et me prépare un café.

Seule image qui perdure au fond de ma mémoire, le ciel d’éclats d’encre, un dais joyeux qui ne peut s’oublier dans sa tonalité en majeur.

Mots-clés

dôme , éclats d’encre

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 12 mai 2015 et dernière modification le mardi 12 mai 2015
Merci aux 164 visiteurs qui ont consacré au moins une minute à cette page

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)