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pour corriger un récit

Y a-t-il une manière écologique de corriger un texte ? Certes, nos comportements numériques consomment du C02, la filière du livre, etc, mais ce n’est pas de cette écologie-là dont je parle. Je ne parle pas non plus de correction orthographique, mais de changer de registre linguistique, de transposer l’écrit vers tel ou tel univers.

Peut-être que je ne sais pas vraiment de quoi je veux parler, pour ça que j’écris, l’intuition d’une entropie, une grande cascade de mots dont on use comme s’ils étaient à nous et éternels, à tous les utiliser comme s’ils n’avaient pas de durée de péremption ; pourtant on le sait bien qu’il est des mots désuets, abîmés, vidés de leur sens pour cause d’abus de fréquence ou simplement passés au couperet de l’usage, d’autres encore victimes de perte de biodiversité, tous ces beaux mots d’avant les censeurs, des goûteux, des ronds en bouche, qui nous font saliver.

Une certaine littérature contemporaine nous apprend à chercher dans d’autres bassins versants des registres nouveaux, à miser sur des pans entiers de vocabulaire de notre modernité, intégrant la lie et la mère de vinaigre, je veux dire le deal et la pute, le monde machinique ou urbain, le délaissé, le bidonville, ou trivialement, le star system, l’entertainment, tiens même ce franglais pour divertissement. Mais une fois fait, les écrivains qui en usent font entrer les mots dans une obsolescence inévitable, ils les inscrivent dans le couloir de la mort, nous condamnent à une pâle imitation, qui mène à la dévitalisation.

Alors bien sûr, on pourrait tout arrêter, devenir parcimonieux, radin, rat, écolo, jusqu’au borborygme ou au silence. Sans aller jusque là, je pensais au rémouleur qui vient le mercredi sur la place du bourg, lui à qui je demandais s’il y avait une différence entre l’affûtage et le rémoulage, « pour affûter les métaux, il y a deux techniques, pour les pales d’engins par exemple, on affûte, c’est-à-dire qu’on attaque le taillant en allant vers le fil, cela crée du morfil et use la lame plus vite, alors que le rémoulage est plus écologique, on part du fil pour aller vers le taillant, on ajoute de la matière au lieu d’en retirer, même le corps y va différemment, on retient la lame avec ses doigts alors qu’en affûtage on pousse fort ». Ajoutant que s’il faisait encore de l’affûtage, c’était pour les aciers très épais qui ne craignent pas la perte.

Me suis alors demandée comment je pourrais rémouler mon texte qui n’est pas d’acier lourd, l’affiner, le rendre incisif, coupant, net à la découpe, sans perdre trop de matière, sans perdre le jus, l’impulse, le nerf et partant le côté « schmecken [1] » du récit.

[1goût

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 29 septembre 2016 et dernière modification le vendredi 30 septembre 2016
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