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la femme sur le pont

Au moment de ralentir à l’entrée du virage donnant sur le pont, je n’ai vu qu’elle, une femme, assise sur le parapet, bras croisés, l’air pensif presque furieux, une femme d’âge moyen comme on dit middle-aged woman avec cette connotation souvent méprisante d’une ménagère, le corps un peu boudiné dans ses vêtements de jersey sport ; je devrais dire une femme d’âme, toute à son introspection, le regard fixe, ne relevant même pas la tête à l’approche de l’auto.

Ce n’était pas le lieu le plus propice à la solitude, à cet endroit, la route s’amenuise, et la taille du trottoir de part et d’autre de la chaussée est proche des dix centimètres de large, pas de quoi assurer la bonne distance sécuritaire, ni celle du quant-à-soi. C’était même l’inverse, on aurait pu penser à une mise en scène, mais pour qui ?, que cherchait-elle à faire en installant cette sorte de bouderie à la vue de tous, le tout-venant étant alors moi, décélérant rapidement, prise par deux urgences, négocier le tournant et éviter la femme.

L’allusion à une mise en scène m’est venue d’emblée, elle avait l’allure d’un personnage, cheveux courts, le visage sec, la peau hâlée du grand air, et j’ai pensé, je vais écrire, sur elle, sur ce pont, sur la brise apaisante qui soufflait en cette fin de journée, sur le lavis de blanc au-dessus de sa tête, le feuillage penché des bouleaux cherchant la fraîcheur, et le filet de ruisseau en contrebas.

C’était le coucher d’une journée mal terminée, à laquelle seules une marche de plusieurs centaines de mètres, une fuite peut-être et une retraite impérative apportaient une réponse. Je suppose tout cela, parce que ce pont est perdu entre les vignes et les pâturages dont la blondeur d’été se confond avec la pâleur des Charolaises qui y paissent. Et que la seule ferme à la ronde, au croisement de deux routes vicinales, au lieu-dit Le Réal, se situe bien plus loin au pied d’une faille où viennent cogner les granits venus de Bretagne, dans une dépression à laquelle succède une butée, grimpant vers la mer des Faluns. Que c’est sûrement de là qu’elle venait.

J’aurais dû m’arrêter et lui parler, je le regrette à présent, j’aurais dû lui sourire l’air de rien, attendre qu’un peu de sérénité revienne éclairer son visage, j’aurais dû m’en mêler un peu.

Oui, juste un peu.


Lire le bel essai du géographe Louis Poirier (alias Julien Gracq) Essai sur la morphologie de l’Anjou méridional (Mauges et Saumurois)

Mots-clés

le pont

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 27 août 2022 et dernière modification le samedi 27 août 2022
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