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L’agent
Je suis agent immobilier. Récemment j’ai rentré une belle maison ancienne, style maison de maître, une vraie gentilhommière, un beau terrain autour, un parc arboré de plusieurs ha, tout en longueur, non je ne suis pas mécontent du tout, la saison a été bonne. Celle-là devrait partir à 4 millions d’euros. Cela a été bouclé en même pas une demi-heure, non, vraiment, c’est une bonne saison. Je vais passer de bonnes vacances.

L’acquéreur
Je viens de signer le compromis de vente pour notre nouvelle maison. Magnifique. Avec le quatrième qui va naître, on avait besoin de beaucoup d’espace, chambres d’enfants, chambre pour la fille au pair, salles de jeux, deux grands salons de réception, et puis le parc est spacieux, les grands pourront se défouler au lieu de toujours tourner autour de leur mère, qui n’en peut plus.

Ce qui m’inquiète, c’est ce droit de passage, j’ai demandé que l’agent l’inscrive bien en condition suspensive au bas du compromis, je ne voudrais pas acheter une maison et un terrain coupé au beau milieu du jardin par un droit de passage ouvert aux voisins de droite.

Les voisins
Nous, les G., on vient de déménager. Avant on était dans la cité la plus délabrée de la ville, maintenant on est au vert, c’est beau ici, et puis on est dans un quartier rupin, tout ce qu’il y a de chic. La villa à côté, un petit paradis, on la voit depuis les fenêtres de notre immeuble tout neuf. D’ailleurs, on passe devant quand on traverse le petit parc pour rejoindre la départementale, c’est la route qui mène au Supermarché. C’est plus court que par l’autre chemin.

Le notaire
Allo Monsieur, oui, je vous ai envoyé votre projet d’acte, vous l’avez reçu ? Non ? Ah si. Et bien tout est en ordre pour signer maintenant. Le droit de passage ? Quel droit de passage ? Non, attendez, je regarde les plans du cadastre, je n’ai aucune servitude, non, au milieu du jardin, non, je ne vois rien, non vraiment. Ah, c’est un usage ? Mais il n’est indiqué nulle part. Et vous dites que vous l’aviez fait mentionner sur le compromis ? Non, cela n’y est pas, non vraiment. Je vais voir, il faut que je reprenne le dossier.

L’assistante sociale
Les G., ce n’était plus possible, on avait la cité sur le dos sans arrêt, les gens ne les supportaient plus. Des cas sociaux, des marginaux, ces gens. On avait bien mis des éducateurs de l’ASE pour les fratries, en AEMO administrative, mais cela ne suffisait plus. On voulait prendre des mesures de tutelles aux prestations familiales, mais ils nous ont menacés de mesures de rétorsion. C’est qu’ils sont dangereux, les G., le frère passe actuellement en procès, c’est un serial killer, il a tué de pauvres filles et puis ses ex-femmes n’en peuvent plus, tortures, viol, les belles-filles aussi, c’est terrible. Toute la famille, ce n’est qu’incestes, violences, alcoolisme.

Le responsable des HLM
Il fallait les recaser quelque part, vous comprenez, on ne pouvait pas les laisser dans nos immeubles de la Butte Noire, les voisins n’en pouvaient plus, on n’a trouvé que cette solution, leur faire construire un petit programme économique de trois appartements, juste pour eux, les deux frères et les concubines, la sœur et son mari, leurs enfants. Au moins, là, leurs cris n’effraient personne. Solution coûteuse ? Vous dites, une prime à la délinquance ? Mais monsieur, ils paient leur loyer, c’était bien ça le problème, on ne pouvait pas les virer, juste les reloger.

Le journaliste (off)
La famille G. n’est apparemment pas une famille facile. Elle habite depuis quelques mois un petit immeuble à la limite de la forêt. Les HLM ont trouvé cette solution de relogement pour cette famille notoirement asociale. La maison voisine qui devait être vendue ces jours-ci vient d’être remise en vente. Les acquéreurs virtuels qui devaient signer y ont renoncé, ils craignent, disent-ils, pour leurs enfants. Il y a un droit de passage utilisé par les G. qui passe devant la maison, les acquéreurs voulaient que le chemin longe leur propriété, mais les G. sont allés hurler à l’office des HLM, ils ont même appelé l’agence, ils ont dit que cela rallongeait d’une dizaine de minutes leur itinéraire, qu’il n’en était pas question, alors les acquéreurs ont renoncé. On pense qu’il y a eu des menaces. Interrogé à ce sujet, le notaire a allégué le secret professionnel.


crédit photo christine simon


Cette nouvelle a été éditée en juillet 2007 sur le blog anthropia # blog.

écrit ou proposé par Christine Simon
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 16 janvier 2014 et dernière modification le lundi 4 mai 2015
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